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Abdo Saad, spécialiste en questions électorales
La proportionnelle, seule loi juste
«Sur un plan plus mathématique, la proportionnelle permet de sauvegarder les avantages et les droits de toutes les minorités, qu'elles soient politiques ou communautaires». Fervent partisan de ce mode de scrutin, Abdo Saad, directeur du Centre de recherches et d'information, défend sa thèse.
Qu'est-ce qu'une loi électorale juste, dans un pays comme le Liban?
Je considère, pour ma part, que les lois qui ont jalonné l'histoire politique de ce pays depuis son indépendance ont toutes été mauvaises pour le Liban, parce qu'elles ne permettent pas de satisfaire une représentativité nécessaire dans un pays comme le nôtre. Toutes ces lois sont fondées sur le système majoritaire. Dans un pays comme le Liban, le scrutin majoritaire ne pose que des problèmes; il n'apporte aucune solution. Tout d'abord, le scrutin majoritaire n'a de sens que s'il est adjoint de son pendant naturel, la circonscription uninominale. Il n'y a qu'au Liban qu'on mélange tout. De plus, pour que le découpage uninominal ait une traduction politique, les partis politiques doivent être des organisations à échelon national, qui suppriment les composantes communautaires, sociales et géographiques, ce qui n'est pas encore le cas au Liban. Ce pays a besoin d'une loi électorale qui traduise la réalité du peuple. Et cette loi ne peut être basée que sur la proportionnelle.
Pourquoi le scrutin proportionnel, plus qu'un autre système?
Le scrutin proportionnel permet de construire un Etat, loin de tout féodalisme, de tout confessionnalisme. Mais il permet, surtout, de donner à un même nombre d'électeurs un même nombre de députés. Avec la loi actuelle, dans le caza de la Békaa-Ouest-Rachaya, vous avez 17000 électeurs qui élisent, à eux seuls, un député, alors qu'à Nabatiyé, 33000 électeurs peuvent élire un député. Ceci n'est pas juste, pas représentatif. Ensuite, toujours dans la circonscription de la Bekaa-Ouest, 6 sièges sont à pourvoir. Dans d'autres petites circonscriptions comme Saïda, Becharré ou Batroun, 2 sièges de député sont à pourvoir. A Baalbeck, autre petite circonscription, 10 sièges sont à pourvoir. Avec un scrutin à la proportionnelle, toutes ces manipulations politiciennes s'envolent. Dans ce système, si l'on considère les candidats comme étant regroupés sur une liste, même si les députés élus ne font pas partie de la même liste, les élus l'emporteraient avec le même nombre de voix. De plus, et sur un plan plus mathématique, la proportionnelle permet de sauvegarder les avantages et les droits de toutes les minorités, qu'elles soient politiques ou communautaires. Certaines personnes disent qu'il n'existe pas de loi juste. Je leur réponds que si. La proportionnelle est la seule loi juste pour un pays comme le Liban.
Le débat de la loi électorale est aussi basé sur la représentativité de la minorité chrétienne...
Eh bien, à part peut-être la circonscription uninominale, le scrutin proportionnel est le système qui permet aux chrétiens d'avoir le plus de députés chrétiens élus par les électeurs chrétiens. Au moins 55 députés seraient élus avec les voix des chrétiens, avec une loi à la proportionnelle. Pour les partis chrétiens du 14 mars, seule la proportionnelle pourrait leur convenir. Avec le scrutin majoritaire, qui étouffe les petits partis, les chrétiens du 14 mars n'obtiendraient que 4 sièges de député, ou un peu plus. Mais avec la proportionnelle, ils peuvent arriver jusqu'à 14 députés, avec les voix de leurs seuls électeurs, sans avoir besoin de report de voix musulmanes.
A ce sujet, pourquoi, à votre avis, l'opposition chrétienne penche plutôt pour la loi de 1960, ce que n'acceptent ni les loyalistes, ni le patriarche Sfeir?
Tout d'abord, le refus politique d'adopter la loi de 1960 n'est pas dû, à mon sens, au fait qu'il serait forcément mauvais pour le Liban, mais parce qu'il serait forcément mauvais pour un camp politique en particulier, celui des loyalistes. Avec la loi de 2000, le Courant du futur prend tout Beyrouth. Dans la loi de 1960, le Courant du futur perdrait 13 députés. A Beyrouth, deux députés sont élus par les chrétiens. Dans la deuxième circonscription, dans laquelle 5 sièges sont à pourvoir, les voix chiites sont aussi nombreuses que les voix sunnites, la balance pencherait vers l'opposition. Jamais la majorité parlementaire n'acceptera d'entériner la loi électorale de 1960 qui sectionne Beyrouth en sa défaveur. En ce qui concerne le patriarche, qui appelle depuis 1992 à revenir à la loi de 1960, quelqu'un a dû lui dire que la petite circonscription est meilleure pour les chrétiens. Ceci est vrai pour les chrétiens, mais cette loi enflammerait le reste du Liban. Je vais même aller plus loin. Si les partis politiques s'entendent sur une loi électorale, celle-ci sera forcément basée sur la proportionnelle.
14 MARS 2008 L'HEBDO MAGAZINE
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